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L'enjeu derrière nos usages numériques

Rédigé par -Fred- / 14 février 2017 / 1 commentaire

J'ai eu récemment la chance de pouvoir faire une présentation de GNU/Linux à quelques personnes d'horizons variés et aux motivations diverses. J'avais bien entendu préparé mon intervention et j'avais prévu de pouvoir faire le grand écart afin de répondre à un éventail assez large de questions. En effet, je ne savais pas à l'avance qui j'aurais en face de moi.

La présentation s'est plutôt bien déroulée malgré un petit couac lorsque j'ai voulu présenter l'installation d'un système dans une machine virtuelle (l'effet Bonaldi, pour ceux qui se souviennent :p ). J'avais en outre prévu une petite présentation de l'historique ayant amené à la situation actuelle dans le logiciel libre en général, un focus sur ce qu'est une distribution GNU/Linux, un moment pour discuter de GNU/Linux au quotidien et un autre pour parler de quelques idées reçues.

Chose intéressante, et dont je veux parler dans ce billet, les interrogations de l'une des personnes venue assister à cette présentation. Il s'agissait d'un utilisateur Windows n'ayant pas apprécié la mise à jour quasi forcée vers Windows 10 et le côté intrusif de ce système, donc pas quelqu'un de spécialement technique à la base mais plutôt un utilisateur normal quoi. Un ami à cette personne lui avait conseillé d'installer (GNU/)Linux à la place parce que ce système protège la vie privée et qu'il ne décide pas tout seul de ce qui est bien pour vous.

En passant, j'étais un peu gêné car le système d'exploitation quel qu'il soit est capable de plein de choses, c'est sûr, mais il n'a pas directement vocation à protéger la vie privée de ses utilisateurs. Bon, dans le cas de Windows, la tendance va plutôt dans le sens opposé mais pour en revenir à GNU/Linux, même si cet environnement n'est pas curieux de nature concernant vos données, ce n'est qu'un outil. C'est votre usage de l'outil qui est le plus important là dedans.

L'idée que j'ai essayé de faire passer lors de cette présentation, c'est que l'enjeu important derrière nos usages numériques, c'est la confiance que l'on porte dans les systèmes que l'on utilise. Le mot "Confiance" est vraiment central. En fait, et c'est là ou je veux en venir, c'est qu'en fonction des outils qu'on utilise et des usages que l'on en a, on va tous consciemment ou non définir notre zone de confiance propre. Dans cette zone, on peut s'exprimer librement, expérimenter, penser quelque chose puis se dire que non, c'était une bonne grosse idée de merde, on peut avoir une certaine intimité, de la même manière que dans la vie réelle. Hors de cette zone, il y a tout ce qui est potentiellement public et que l'on peut donc vous reprocher ensuite. Par défaut, vous vous modérez, vous êtes prudent et vous montrez peut être même une nouvelle personne au monde qui vous entoure. Un être humain normal a besoin de ces deux zones.

Partant de là, la limite de la zone de confiance de l'utilisateur dont je parlais plus haut se situe à peu près entre ses mains et son clavier. C'est en tout cas se qui se passe à mon sens quand on ne peux pas faire confiance à sa propre machine car elle ne joue pas avec vous mais pour un autre. Comme dans la vraie vie, il me semble dangereux de ne plus avoir d'espace où avoir une vraie intimité. Une zone où cacher toutes ces choses auxquels on ne pense plus quand on prétend ne rien avoir à cacher par exemple. Agrandir et préserver cette zone demande de nombreux efforts mais c'est important et nécessaire. Tous ceux qui se cassent un peu la tête pour utiliser ou faire du logiciel libre, pour s'auto-héberger ou pour avoir un regard critique sur leurs pratiques en ligne ont probablement, consciemment ou pas, déjà fait ce constat bien avant moi.

Est-ce encore Open Source ?

Rédigé par -Fred- / 12 juillet 2016 / 5 commentaires

Étant à la recherche d'un outil de gestion de collection pour divers usages (dont un pour mes propres besoins), j'ai bien évidement imaginé me tourner vers des outils sous licence libre et donc en open source.

Après une recherche (contenant les mots clé suivant : " logiciel libre de gestion de collection musée "), je suis donc arrivé sur une page présentant le projet SKINmuseum. Petite précision au passage, les quelques moteurs de recherche que j'ai testé avec ces occurrences me renvoient tous vers ce projet dès la première page de résultats. D'emblée, le logiciel semble correspondre à ce que je recherche. Toutefois, je n'ai pas bien compris ce qui était open source dans ce logiciel. J'ai donc posé la question directement aux intéressés, puisque c'est eux qui savent après tout. J'ai donc envoyé ceci :

Bonjour,

Je suis à la recherche d'un outil tel que le votre, ceci afin de mettre en valeur une collection de 3500 pièces. Je réalise cette démarche dans un cadre personnel.

Mes recherches m'ont amené à votre logiciel SKINmuseum dont les caractéristiques semblent correspondre à mes besoins.

Toutefois, je suis à la recherche d'un outil sous licence libre. La page http://www.skinsoft.fr/blog/solution-opensource ne me semble pas très claire sur ce point. Aussi, je souhaiterais avoir quelques précisions. Je comprend que SKINmuseum repose sur des briques de base en Open Source mais je voudrais savoir s'il est lui même sous licence Libre ou non.

Merci d'avance pour les réponses que vous pourrez m'apporter.

Cordialement,

A ce jour, plus d'un mois après avoir laissé ce courrier dans le formulaire de contact, je n'ai malheureusement pas eu la moindre réponse. Je pose donc publiquement ici les questions que je me pose. En fait, une seule question m'intéresse : Peut-on légitimement qualifier une solution d'ouverte lorsqu'elle utilise des briques open source et que dans le même temps "son cœur applicatif métier" est fermé ? C'est en tout cas ce qui est écrit :

SKINmuseum est donc un produit ouvert, assemblage d'applications open source, mais son cœur applicatif métier est un logiciel propriétaire. Et cela représente pour nos clients une garantie de qualité de service dans la durée.

Note : je ne remet pas en question les qualités du logiciel (d'autant que je ne l'ai pas essayé) ni le travail réalisé dessus par l'équipe de ce projet.

Dans tout ça, je n'ai pas encore trouvé l'outil (full web de préférence) qui pourra me convenir...

Histoire d'une migration ratée vers Xubuntu

Rédigé par -Fred- / 18 mai 2016 / 5 commentaires

Ceci peut ressembler à un billet d'humeur.

A quoi bon se casser la tête à mettre en avant les solutions libres quand de toute manière, l'utilisateur final n'en a que faire. Ceci n'est pas un reproche vis à vis de l'utilisateur final mais bien un constat.

Il y a un plus d'un an, la machine de l'un de mes proches, sous Windows Vista, présentait tout un tas de problèmes, de lenteurs récurrentes, etc... On m'a donc demandé ce qu'il serait possible de faire pour remédier à ces désagréments et le plus simple était une réinstallation complète. L'utilisateur semblait presque prêt à changer de machine s'il le fallait (machine toute jeune, à peine 5 ans ; ce qui peut faire sourire les plus technophiles ;-) ).

Je ne suis pas un franc partisan de la migration forcée sous GNU/Linux mais bon en même temps, la machine n'était à ce que je voyais, que utilisée pour aller sur internet et visualiser/stocker des photos. Comme équipements externes, rien mis à part une imprimante multifonctions et des appareils photo numériques.

S'il y avait eu la moindre application particulière, le moindre appareil ésotérique ou autre chose du même type, je me serait contenté d'une réinstallation du système d'origine. Comme ce n'était pas le cas, j'ai tout de même pris le temps d'expliquer, ce que je proposais, quels étaient les changement attendus et ce qui ne changerait pas.

A ce stade, si vous vous trouvez dans le même cas, qu'après explications la réponse est "On te fait confiance" et que votre interlocuteur ne souhaite de toute façon pas prendre la peine de comprendre ce que vous lui expliquez, arrêtez tout. En effet, vous allez droit dans le mur. Cela est vrai pour plusieurs raisons.

Les besoins ont-ils été bien identifiés ?

L'utilisateur ne sait pas dire ni exprimer ce dont il se sert au quotidien sur sa machine. Consulte-il ses mails via un client lourd ou un webmail ? Il n'en a pas la moindre idée. A-t-il vraiment identifié toutes les petites applications qu'il a l'habitude d'utiliser ? Non, probablement pas, et c'est problématique.

On te fait confiance, mais surtout pour que ce soit comme avant...

L'utilisateur ne souhaite pas changer ses habitudes. C'est ça qu'il a veut dire quand il dit qu'il me fait confiance. Il veut le moins de changements perceptibles, ce qui transforme chaque détail spécifique à l'OS de départ en montagne à abattre dès lors que l'on se trouve dans le nouvel environnement. Essayez d'installer "Freecell", version Vista, sur Xubuntu. Via wine, seule la version XP est disponible. Une petite fenêtre s'ouvrait que vous branchiez votre appareil photo, et vous aviez directement le choix de copier ou déplacer son contenu dans le répertoire de votre choix. Naviguer dans les répertoire et refaire un bon vieux copier/coller vous semble alors être une aberration sans nom.

Maintenant, il y a un SAV.

Voilà ce qui m'a semblé le plus dur : la machine était depuis longtemps hors garantie et n'était suivie par personne. Elle a donc vivoté comme ça bon gré, mal gré, et ce durant plusieurs années. Elle ne fonctionnait pas bien mais puisque c'était avec le système préinstallé, il n'y avait pas grand chose à faire. Le système préinstallé donne l'impression d'avoir été choisi en connaissance de cause donc quand ça plante, on se trouve un peu face à nos propres choix et on assume plus facilement de faire avec.

A compter du jour où j'ai mis les mains dedans et où j'ai changé d'OS, je suis devenu le technicien qui doit veiller au bon fonctionnement de la machine et à qui on commence à demander de faire rentrer un rond dans un carré. Puisque j'ai proposé une solution autre, je suis devenu celui qui doit défendre la dite solution et qui doit trouver une solution quand un truc ne fait pas ce que l'on s'attend à ce qu'il fasse. J'ai réintroduit sans le vouloir une espèce de relation client/prestataire avec un contrat de maintenant GOLD.

Et maintenant ?

J'ai compris trop tard mon erreur et on ne m'y reprendra pas. Pour autant, la machine fonctionne parfaitement, est stable et ne présente plus les défauts qui lui étaient reprochés. Les gros problèmes sont soldés mais les différences perceptibles à l'usage sont elles même perçues comme de nouveaux problèmes et ce qui me semblait être de l'ordre du détail s'est en fait avéré capital à l'usage. Cela est hautement subjectif mais c'est ce qui compte en définitive.

Je vais donc repasser la machine sous Windows, déçu, forcement, mais aussi en me disant que c'est encore la solution la plus appropriée. Je considère que j'ai même trop attendu car la solution que j'avais proposé était mal vécue par mes proches.

Notepad++ et la GPL

Rédigé par -Fred- / 09 décembre 2015 / 10 commentaires

Le message suivant provient de Don Ho, créateur du célèbre Notepad++, et fait suite aux résultats du premier tour des élections régionales en France du dimanche 6 décembre 2015, élection où le FN a fait de bons scores. Note : au passage, j'utilise Notepad++ au travail et il est vraiment pratique.

« Désinstalle Notepad++ si tu as voté FN.

Je me fous de perdre les utilisateurs et je veux que tu saches : ton Notepad++ est écrit par un immigré, et il t’emmerde. »

Bon, en elle même, l'opinion de l'auteur n'est pas (du tout) le problème et il est parfaitement en droit de s'exprimer. Le fait que pour communiquer, il mette à profit la notoriété du logiciel qu'il a créé ne me choque pas non plus. Par contre, le souhait exprimé est en contradiction avec les termes de la licence GPLv3 appliquée à Notepad++.

Extrait de la traduction Française de la GPLv3 :

Article 2. Permissions de base.

Tous les droits accordés suivant cette Licence le sont jusqu’au terme des Droits d’Auteur (“copyright”) sur le Programme, et sont irrévocables pourvu que les conditions établies soient remplies. Cette Licence affirme explicitement votre permission illimitée d’exécuter le Programme non modifié. ...

En utilisant cette licence, on ne peut normalement pas interdire l'usage de son logiciel à certaines personnes, sous prétexte qu'elles ont des idées qui ne conviennent pas. Les licences libres ont justement ça de spécial qu'elles garantissent aux utilisateurs qu'ils ne seront pas victimes de ce type de dérive. Aujourd'hui, ceux qui ont voté pour tel parti politique, demain ceux qui sont pour tel projet de loi, après...

En tant qu'utilisateur désireux de respecter le souhait de l'auteur, ça devient compliqué, d'autant que l'auteur va exprimer des souhaits contradictoires et qu'il est susceptible d'élargir les restrictions d'usage quand bon lui semble.

Il y a donc peut être une question à se poser maintenant quand à la conservation la GPL ou non pour Notepad++. Question de cohérence.

Les marketeux n'ont que ça à faire

Rédigé par -Fred- / 27 septembre 2015 / 2 commentaires

Je suis tombé par hasard sur le site suivant : http://www.watchshop.fr/

Si ça vous dit, visitez ce site et si vous le faites, je pourrai vous classer dans deux catégories distinctes :

  • Celle de ceux qui n'en penseront pas grand chose, hormis que c'est un site où on vend des montres.
  • Celle de ceux qui vont voir un truc flou.

Si comme moi, cher visiteur, tu penses que ta vue a très sérieusement baissé depuis le dernier site que tu as visité, saches que tu l'as bien cherché. Oui, car tu as osé naviguer sur le web sans activer javascript...

Le procédé est assez simple : si javascript est désactivé, une css est activée et floute la page, laissant simplement deviner ce qu'on rate (flou, mais pas trop). Si vous voulez voir comment c'est fait, affichez la source de la page en question et regardez ce qui se trouve après cette balise <noscript id="nojs">. Bien entendu, le site redevient lisible lorsque l'on applique aucun style. Moche, certes, mais lisible.

Donc en gros, d'un côté javascript peut poser des problèmes de sécurité et un internaute a le droit de décider de le désactiver, quitte à perdre en fonctionnalités sur certains sites visités. De l'autre, un site qui, volontairement, devient totalement inopérant pour les visiteurs qui osent désactiver javascript. C'est potentiellement incompatible tout ça.

Pourquoi est-ce un problème ?

Je suis le seul à même de décider si j'active ou non telle ou telle fonctionnalité sur ma machine. J'ai fait le choix de désactiver javascript par défaut et de l'activer au cas par cas. Si Mme Michu désire naviguer avec javascript ou n'importe quoi d'autre d'activé en permanence, c'est son problème.

Parce que c'est totalement volontaire. Je me fout des raisons qui ont poussé à mettre un truc pareil en place. Des personnes ont dépensé de l'énergie et du temps à coder cette petite cochonnerie.

Je me met à la place de l'internaute lambda qui aura tout de même pris soin de désactiver l'exécution de javascript dans son navigateur. Comment il fait l'internaute rien que pour savoir que ce site "requiert" javascript pour simplement être lisible ? Il n'y a pas un seul message d'alerte ou quoi que ce soit d'autre à se mettre sous la dent.

Quand on y est arrivé (mettons qu'on affiche un truc lisible en désactivant la feuille de style), ce n'est écrit nul part bordel. D'ailleurs, ce n'est pas non plus écrit clairement dans la source de la page.

En bonus, c'est pas comme si appliquer un flou gaussien comme ça à la volée ça ne consommait pas un peu de ressources. Sur ma machine, Firefox utilise 100% du CPU dès que je scroll un peu sur la page floutée.

A quoi ça sert ?

J'imagine que l'amélioration de l'expérience utilisateur, encore elle, permet de justifier le procédé. J'imagine surtout que ça permet de s'assurer que le comportement de chaque visiteur sera traçable. C'est désagréable les visiteurs qui ne laissent pas autant de données que prévu lorsqu'ils visitent une boutique, n'est-ce pas ?